Le mythe du forgeron (1/2)

Dans l’Histoire des civilisations, le forgeron est une figure à part. À vrai dire, leur savoir-faire aussi particulier que fascinant les faisaient considérer comme des êtres quelque peu surnaturels ; à mi-chemin entre les hommes et les dieux. Parfois mêmes, les dépositaires de l’Art de la forge étaient redoutées de ceux qui ne pouvaient que rêver de pénétrer les secrets de la métallurgie ! D’autres fois, leurs compétences étaient même assimilées à de la sorcellerie, perception encore accrue par le fait que la fonction de forgeron n’était le privilège de seulement quelques initiés. Retour sur un métier venu de la nuit des temps, à l’aura teintée de mysticisme…

Une figure déifiée

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’on trouve des preuves de l’utilisation du fer dès 8000 avant Jésus Christ. Suite à cela, le fer prendra une telle importance dans le quotidien des hommes préhistoriques que le chercheur danois Christian Jürgensen Thomsen ira jusqu’à parler d’« Âge de Fer » pour qualifier la période débutant vers 1200 av.J.-C. en Anatolie, vers 800 à 700 av. J.-C. en Europe de l’Ouest et peut-être dès le IIème millénaire avant Jésus-Christ en Afrique centrale. Pour autant, et bien qu’il soit alors absolument indispensable, le fer prend très vite une symbolique négative. Extrait du plus profond des entrailles de la terre et fréquemment utilisé pour fabriquer des armes servant certes à se défendre ou à se nourrir mais aussi à tuer ; il est aussi synonyme de fureur et de souffrance. Or, c’est peut-être de cela que la figure du forgeron tire son aura quasi divine. Car les forgerons sont alors perçus comme ceux qui maitrisent le mystérieux métal. Qui l’impactent, le façonnent selon leur volonté et en font des outils de travail, du quotidien ou autre. Seuls, ils manient ce qui semble alors être une substance mythique et dangereusement versatile. Au prix d’une force et d’une technique qui sont leur seul apanage. Du reste, l’importance du forgeron est telle que de nombreuses religions mettent en scène des Dieux dont les armes sont le fait de forgerons. Il en va ainsi par exemple de la foudre de Zeus, forgée par le grand Héphaïstos. Ou plus prosaïquement du marteau de Thor, forgé par les nains. Ces armes magiques et irrépressibles font de véritables massacres et sont craintes de tous les ennemis de leurs porteurs. À l’image des épées emblématiques du Moyen-Âge qui étaient tant révérées de leurs porteurs qu’elles se voyaient attribuer un nom.

Cela dit, la fonction de forgeron était d’une importance sociale si forte qu’il s’agit là de l’un des rares métiers à entrer au panthéon de la presque totalité des religions connues.

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